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DISCOURS DU MINISTRE DE LA CULTURE POUR LA REUNION SUR LE PATRIMOINE
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Représentant du BREDA,
Excellences,
Mesdames,
Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Chef de l’Unité Afrique du Centre du Patrimoine Mondial,
Monsieur le Représentant du Directeur du Fonds du Patrimoine africain mondial ;
Mesdames, Messieurs les experts et représentants des Etats parties,
Mesdames, Messieurs les Directeurs généraux, Directeurs nationaux et Chefs de Services,
Mesdames, Messieurs les Maires et élus locaux,
Mesdames, Messieurs les Professeurs,
Chers élèves et étudiants,
Chers invités
Qu’il me soit d’abord permis de vous souhaiter, à toutes et à tous, la bienvenue en terre sénégalaise. J’ose espérer que l’accueil que vous avez reçu a été à la hauteur de vos attentes car cette terre est aussi vôtre à vous tous ici présents.
En effet, notre jeune Nation, qui fêtera bientôt son cinquantième anniversaire comme la plupart des Etats de l’Afrique subsaharienne, s’est très tôt engagé dans la voix du dialogue des cultures à partir d’un enracinent profond et fécond dans les valeurs les plus fondamentales des cultures nègres.
Enracinement oui, mais aussi ouverture pour participer au rendez-vous du donner et du recevoir au Banquet de l’Universel. Ce choix a toujours été celui du Sénégal comme en attestent les nombreuses initiatives de Son Excellence Monsieur le Président Abdoulaye WADE dans le domaine de la Culture avec des projets fédérateurs comme le 3ème Festival mondial des Arts nègres prévu en décembre prochain, le Monument de la Renaissance africaine qui sera inauguré le 3 avril 2010 et la Place du Souvenir africain qui sont déjà implantés dans notre paysage culturel, sans compter le Musée des Civilisations noires dont les travaux vont bientôt démarrer.
Vous êtes donc bien chez vous sur cette terre de culture qui vous accueille avec des bras d’autant plus ouverts que vous êtes porteurs d’une espérance inscrite dans la généreuse ambition de la Convention du Patrimoine mondial de célébrer, partout sur cette terre, les valeurs universelles exceptionnelles que la nature et les hommes nous ont léguées.
Mesdames, Messieurs,
Ce legs, il est avant tout responsabilité si nous interrogeons l’esprit et la lettre des concepts que des générations ont forgés à travers l’histoire. En effet, si nous acceptons avec les Anciens que le Patrimoine est ce que nous avons reçu de ceux qui nous ont précédé, nous devons être conséquents quant aux implications d’un tel énoncé car les Anciens, dont il faut saluer la grande sagacité, avaient vite fait d’accoler à la notion de Patrimoine celle, plus incisive, de Tradition définie comme étant ce qui mérite d’être transmis.
L’analyse de ces deux concepts permet de comprendre la complexité de la posture des contemporains que nous sommes. Car, si nous sommes récepteurs, parfois malgré nous, du patrimoine que nous recevons en héritage et qui peut être lourd de conséquences, nous sommes aussi transmetteurs avec, cette fois, la lourde responsabilité de pouvoir agir sur le patrimoine reçu soit en le conservant ou le renforçant soit en le dégradant ou en le détruisant.
C’est très certainement ce second aspect de la problématique de la sauvegarde du patrimoine qui a inspiré les initiateurs de la Charte d’Athènes de 1931 et de celle de Venise en 1964 et qui ont balisé le chemin pour l’adoption de la Convention de l’UNESCO pour la Protection du Patrimoine culturel et naturel en 1972 qui a atteint, aujourd’hui, un niveau d’universalité reconnu.
En cela, les pères fondateurs de la Convention ont aussi été des visionnaires. Car, comme l’a si bien relaté Michel BATISSE, je le cite : « La Convention, par la force symbolique de la notion même de patrimoine mondial, par les interventions parfois courageuses de son Comité et de ses ONG d’appui, a acquis l’immense mérite de fournir un moyen de pression morale auprès des Etats pour qu’ils veillent convenablement à la protection des sites dont ils ont eux-mêmes demandé l’inscription ». Fin de citation.
Cette montée en puissance a entraîné dans son sillage un intérêt nouveau pour le patrimoine immatériel qui s’est, à son tour, imposé comme un pôle de convergence d’initiatives parmi les plus structurantes de ces dernières années.
Ainsi, en l’espace de quelques décennies des actes qui marquent toute la détermination des acteurs culturels ont été posés.
La perspective ainsi ouverte a permis aux peuples ayant développé des cultures orales, comme c’est le cas très souvent en Afrique, de disposer d’espaces de promotion de valeurs dont la sauvegarde participe de la préservation de la diversité des expressions culturelles. Ces initiatives sont d’autant plus appropriées que la mondialisation est potentiellement porteuse d’un appauvrissement culturel. Il ne fait, en effet, pas de doute que les cultures qui alimentent le plus les nouvelles technologies de l’information et de la communication ont tendance à vouloir imposer, partout, leurs normes et modèles.
Il pourrait s’en suivre donc de véritables génocides culturels si aucune mesure n’est prise.
Mesdames, Messieurs,
C’est donc à un véritable enjeu de préservation de la diversité des expressions culturelles que nous devons nous atteler avec beaucoup de détermination. Les instruments normatifs de l’UNESCO sont des modalités qui participent à cet exercice d’où l’intérêt à les vulgariser et les mettre en œuvre.
C’est dans ce contexte qu’il faut placer ce Deuxième cycle de soumission des rapports périodiques auquel, du reste, tous les Etats parties à la Convention doivent se soumettre et qui est une forme de démocratisation des savoirs dans la gestion des sites du patrimoine mondial.
En effet, si l’Afrique, qui ne totalise qu’environ 9% des sites inscrits, compte plus de 40% des sites en péril, ce n’est guère le fruit du hasard. Il y a certes les limites de la Convention que le Comité a tenté régulièrement de rectifier.
Mais, il y a surtout l’inégal accès aux expertises diverses et variées dont la maîtrise est indispensable à une bonne gestion du patrimoine. Ces domaines de connaissance, de plus en plus spécialisés, doivent être mieux partagés afin de mettre en cohérence la gestion des sites du patrimoine mondial. C’est donc bien à un exercice de partage de bonnes pratiques dans la gouvernance mondiale dans le domaine du patrimoine que le Centre du Patrimoine mondial invite les quarante quatre Etat parties de l’Afrique subsaharienne.
Comme on le sait, les rapports périodiques sur le patrimoine mondial sont soumis tous les six ans à la Conférence générale de l’UNESCO, par l’intermédiaire du Comité du patrimoine mondial. Ils portent sur les dispositions législatives et les actes réglementaires adoptés dans le cadre de la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial, y compris l’état de conservation des biens inscrits.
Le résultat le plus significatif du premier cycle d’exercice de soumission des Rapports périodiques pour l’Afrique sur le patrimoine mondial, lancé en 2000, a été la création du Fonds africain pour le Patrimoine africain mondial. Il a aussi révélé que des efforts devaient être faits afin de renforcer les capacités des États parties en ce qui concerne les questions de conservation.
Mesdames, Messieurs,
Le second cycle des rapports périodiques pour l’Afrique subsaharienne dont le lancement nous réunit aujourd’hui devra aller encore plus loin car il doit prendre en charge, non seulement le bilan du premier rapport, mais aussi intégrer les préoccupations des groupes de travail constitués et préciser les modalités de leur mise en œuvre. Et, parmi les préoccupations majeures du Comité du Patrimoine mondial, il y a l’harmonisation des Déclarations de valeurs universelles exceptionnelles.
La Réunion de Dakar est donc un moment important car il implique l’ensemble des quarante quatre Etats sur les territoires desquels on dénombre 78 biens répartis dans 30 Etats. C’est d’ailleurs le lieu de signaler, à nouveau, la sous représentation de l’Afrique subsaharienne sur la Liste du Patrimoine mondial.
En effet, le total des sites de cette région est inférieur à celui des deux Etats les mieux représentés ; sans oublier que 14 Etats parties de la Région Afrique n’ont aucun site sur la liste. C’est pourquoi, malgré l’intérêt que revêt la revue des difficultés liées à la conservation, il est impératif de corriger ces déséquilibres.
Il ne fait cependant pas de doute que les objectifs affichés par cette réunion sont de la plus haute importance, étant entendu qu’il s’agit, notamment, de renforcer les capacités des Etats parties dans la mise en œuvre de la Convention en vue d’une conservation durable des sites du patrimoine mondial.
Cet effort de rationalisation et de formalisation aboutira, j’en suis persuadé, à une gestion normée des sites du patrimoine mondial à partir de formats connus et maîtrisés par tous. A cet effet, l’appui des trois organisations consultatives du Comité du patrimoine mondial que sont l’ICOMOS, l’IUCN et l’ICCROM, sera de la plus haute importance car il permettra aux Etats parties d’évoluer dans un environnement normatif au sein duquel, grâce à un égal accès à l’information, ils auront d’égales opportunités de promouvoir et de gérer les biens situés sur leurs territoires.
Je ne saurais terminer, sans remercier tous ceux qui, à côté du Centre du Patrimoine mondial et de l’Etat du Sénégal, ont rendu possible cette rencontre. Il s’agit de la Suisse et de l’Espagne.
Une mention particulière revient au Fonds Africain du Patrimoine mondial qui, en finançant les voyages de tous les participants, vient de faire la preuve de son positionnement comme acteur stratégique du Patrimoine africain. Matérialisation concrète d’une idée du premier rapport périodique, ce Fonds est nôtre et tous les pays africains doivent lui apporter leur soutien.
Le Sénégal, en ce qui le concerne, jouera a partition et je lance un appel à tous les Etats parties à contribuer au Fonds du Patrimoine africain mondial qui, déjà, s’est engagé dans une stratégie de résorption des déséquilibres de la liste en apportant son assistance aux pays africains qui en ont le plus besoin dans la préparation de leurs dossiers d’inscription et le suivi de leurs sites.
Je déclare ouverte la réunion de lancement du Deuxième cycle de Rapport périodique sur le Patrimoine mondial en Afrique subsaharienne.
Je vous remercie de votre attention.
Mis à jour le 4 mai 2010
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